30 janvier 2018
➢ Définition : Autodéfense
A) Fait de se défendre en ne recourant qu’à ses propres moyens. Traduction anglaise : self-défense.
B) Défense assurée par soi-même, par un groupe, sans faire appel aux services de sécurité, à la police.
C) Selon le dictionnaire des sciences criminelles Dalloz: phénomène peu étudié, l’autodéfense désigne les actions par lesquelles des victimes repoussent une attaque ou empêchent un vol en usant de la force. Confronté à une attaque contre sa personne ou ses biens, il arrive qu’un particulier se défende, repousse l’agresseur ou empêche le voleur de fuir avec son butin. Dans de telles circonstances, le recours à la force apparaît, non comme le seul recours, mais comme le plus évident. Les buts poursuivis par l’action défensive sont, selon les cas, de faire échouer l’agression, de conserver son bien, d’éviter d’être blessé ou tué…
D) Selon l’article 122-5 du Code Pénal : « N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte. N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction ».

N’ayant pas une formation de juriste, je ne m’étendrai pour la partie D que sur un principe simple. En droit, le plus important n’est pas le texte, mais « l’intention de nuire ». C’est pour cette raison que nous avons souvent du mal à comprendre les décisions de la justice. S’il est possible à un magistrat de penser que votre action d’auto défense servait une intention de nuire, on pourra effectivement se retrouver dans des situations qui nous paraîtront injustes…. Il va nous falloir prendre beaucoup de recul, et de temps souvent, pour nous permettre de comprendre…
Les définitions A et B étant sémantiques, et n’étant pas plus linguiste que juriste…
Je vous propose, si vous le permettez, de conceptualiser ce que pourrait être l’auto défense à partir du dictionnaire des sciences criminelles (ouvrage de référence pour les magistrats, hommes de loi, psychologues…), qui nous fournit la définition C.
Lorsque l’on parle de self défense, il nous vient rapidement à l’esprit ces vidéos publicitaires de promotion pour des activités de type arts martiaux ou sports de combat, que l’on voit sur facebook et ailleurs. L’érudit comprendra bien que les techniques démontrées ont un intérêt pédagogique : elles servent d’exercices supports aux pratiquants de ces disciplines afin qu’ils se familiarisent avec la violence de l’affrontement. Le néophyte, par contre, est plongé dans une ambiguïté qui va lui faire faussement déduire que ces exercices représentent la réalité de l’auto défense. Même si ces exercices fonctionnaient dans une situation de crise, cela nous amènerait à examiner un autre terme juridique bien connu des professionnels, appelé «escalade de la violence».
Comme l’explicite clairement la définition, il ne s’agit pas de « rendre » des coups, mais bel et bien de repousser des attaques ou autres atteintes. Comprenons que rendre un coup à un coup n’entre pas dans le cadre de cette définition : comme je le disais plus haut, il s’agit d’escalade de la violence. Dans le cadre de l’auto défense, il s’agit de faire échouer, non pas de contrôler, ni de contraindre et encore moins de punir… Si “casser la figure” à votre agresseur vous aura effectivement permis d’échapper à l’atteinte physique ou morale, cela ne vous permettra pas d’échapper aux responsabilités judiciaires de vos actes.
Partir de ce principe nous permet non seulement de :
- resituer ce qu’est (ou devrait être?) l’auto défense. Il s’agit donc de repousser, de se protéger, de prendre la fuite, en bref de prendre toutes les mesures possibles pour mettre en échec l’agression, et non pas l’agresseur.
- se resituer face à une crise mais aussi, en qualité de professionnel, mesurer ce qu’il est possible de faire. Mon expérience du combat me laisse penser que c’est lors de l’attaque (ou de la contre attaque) que l’on s’expose le plus… Si nous utilisons l’analogie : la gazelle, pour échapper au lion, n’utilise pas ses griffes ou ses dents, n’est-ce pas ? Comment voulez-vous qu’une personne n’ayant pas un entraînement assidu ou un expérience significative de ce qu’est la violence, puisse utiliser des coups de poings ou de pieds pour se défendre ?
- D’un point de vue purement stratégique, se concentrer uniquement sur la défense, les possibilités de repousser (oui, juste pousser) et de fuir nous permet de repenser n’importe quel système de défense / technique / méthode en offrant un maximum de sécurité et une possibilité d’évolution, tout en évitant aux victimes de se retrouver dans le piège de l’arroseur arrosé. Au-delà du gag cinématographique. de nombreux pratiquants d’activités de loisirs risquent de reconnaître, malheureusement, cette situation.
Se défendre est donc faire échouer ! Une mesure d’auto défense doit pouvoir être mise en œuvre par des personnes faibles. Mon expérience me pousse à affirmer qu’il n’est pas possible à un faible de battre un fort, mais il lui est possible de faire échouer et de «repousser» le fort, physiquement et moralement.

Jérôme Vandevoorde (corrigé par Nicolas Jean) GENKI DOJO
Concepteur, coordinateur et animateur de formation
Bibliographie :
Stamatios Tzitzis, Gérard Lopez “Dictionnaire des sciences criminelles” : Dalloz 2004